Billet d'humeur : Mon ex
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Le dernier que j’ai aimé m’aura appris… à profiter du moment présent.
J’ai aimé un mâle l’année dernière. J’avais 26 ans, il en avait 21 de plus et, quand il m’ouvrait la porte de son appartement, c’était toujours avec ce chat idiot sur les épaules. Ainsi mettait-il pour cette raison toujours un temps avant d’ouvrir, la mise en scène nécessitant une préparation plus ou moins longue selon la bonne volonté de l’animal. Mais ça lui faisait tellement plaisir. Et c’est la plus belle image que je garde de lui : une porte qui s’ouvre sur la charmante fantaisie de cette homme magnifique arborant sur ses épaules un chat en colère. Je n’ai jamais autant aimé quelqu’un.
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Et parce que c’était un homme intelligent, l’idée même du couple lui était absurde. Il n’aspirait qu’à de la légèreté, ce qui faisait de lui ce qu’on l’on nomme toujours avec facilité et empressement un « gros connard ». Mais sur ce point je le défendrai toujours. Car ses règles étaient claires dès le début et ces règles, en femme amoureuse que j’étais, j’ai bien sur essayé de les changer. Et j’y croyais comme un enfant croit au bénévolat altruiste du Père Noël. C’est d’ailleurs quand j’ai commencé à y croire, oui, c’est à ce moment là très précis des évènements que je suis devenue hystérique, jalouse et profondément malheureuse. Moi qui aspirais, à la base, à la même hauteur spirituelle que lui avait le talent d’avoir, j’ai tout pris au premier degré. Mais lui était plus vieux de 21 ans, je le rappelle, et l’on ne s’invente pas l’expérience des années que l’on a pas vécues. On peut tricher quelques semaines mais les sentiments, si ils ne sont pas plus forts que tout comme dans «Titanic », sont au moins plus fort que la raison. Et c’est assez pour briser bien plus qu’une liaison : une amitié, la complicité, la confiance… Celle de l’autre mais aussi celle de son entourage.
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L’amour ne m’aura pas fait déplacer des montagnes comme dans un film de Jean-Jacques Anault. Non, l’amour a fait de moi la fille la plus instable que je n’ai jamais rencontrée. Et c’est peu dire, je travaille dans le spectacle.
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Depuis j’appelle ça le « Délit de forward » : c’est être bien avec quelqu’un et de ne pas pouvoir s’empêcher de se dire « Ho mon Dieu, et demain ? Et demain, est-ce que ce sera aussi bien ? ». Il y a du délit de forward dans le « A quoi tu penses ? », le « Est-ce que tu m’aimes ? » et la simulation. Parce que, lorsqu’on simule au lit, on est déjà plus dans le moment présent. Méfiez-vous, on bascule rapidement !
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On est dans une société de codes et d’étapes. Dans la vie affective, cela se traduit chronologiquement par : flirt, premier baiser, première nuit, premier « Je t’aime », premier logement commun, mariage, bébé… Et quand on en est à une étape, on ne peut pas s’empêcher de lorgner la suivante, de toujours se dire… Et après ??? Et après ??? Je vais vous dire moi ce qu’il se passe après : après les enfants grandissent et un jour on meurt. Il n’y a pas de surprise, il n’y a pas d’exception, c’est comme ça.
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J’étais donc amoureuse d’un homme fabuleux qui disait toujours « Ca, c’est fait. », adorait que son regard se pose sur l’écran digital du réveil au moment pile où les chiffres étaient identiques et perdre sont temps sur Facebook. Cet homme ne me prendra plus jamais dans ses bras et, pourtant, quand j’y étais, je ne me disais jamais « Je suis bien ». Non, je me disais « Est-ce que ça va durer ? ». Erreur fatale.
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L’amour est censé être à la base un sentiment altruiste et gratuit, d’où est-il devenu une énergie compétitive et primaire qui nous fait faire n’importe quoi ? Les femmes deviennent hystériques, les hommes paranos… Le jour où j’ai essayé de jouer le jeu car tout m’y poussait, ça m’a rendu malade. Alors relevons la tête, cessons de chercher le bonheur ailleurs qu’à l’intérieur de nous même, soyons lucide et profitons juste du moment présent car c’est vraiment ce que nous avons de plus précieux.
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Rédactrice
Christine Berrou
Christine Berrou est une ancienne journaliste qu’une plume d’avantage humoristique a poussée sur scène en 2007 avec un premier spectacle « Une année avec moi ». Depuis un an, c’est surtout par ses chroniques « sentimentalo-humoristiques » dans le magazine Sensuelle qu’elle se fait connaître, son lectorat appréciant sa sincérité et ses analyses décalées des mœurs masculines. En septembre dernier est né son nouveau one woman show : « La Pin-up du moi », lequel a gagné plusieurs prix dont celui du public au festival OFF « Juste pour rire » à Nantes en avril dernier. Le spectacle se joue encore à Paris, au théâtre « Le Bout », jusqu’en juin et reprendra à la rentrée au « Pranzo ». Aujourd’hui pour « ousontlesmales.com », l’humoriste et journaliste croque de ses mots ses plus jolies rencontres masculines. Alors, où sont les mâles ? Et bien, il semblerait que quelques uns soient chez Christine Berrou…
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