Chronique d'une JF célibataire - Chapitre 9

Deux semaines ont passées depuis ma tentative de drague virtuelle. Deux semaines pendant lesquelles je ne me suis pas reconnue. Tout d'abord, j'ai dit "Adieu" au site de rencontres. Pas une seule fois je ne me suis connectée ou n'ai consulté mes mails. Rien. Le désert internetique total.
J'ai terminé mon week-end en m'isolant, me cloîtrant dans mon studio, installée confortablement sur mon canapé, dans une tenue legging/sweat, avec à proximité tout ce qui pourrait me réconforter. Au programme : magazines mode et people (quelle joie de voir ces couples parfaits se séparer), chick lit, bonbons et chips, smoothies, dvd romantiques (on ne se refait pas). A contrecoeur, je suis partie travailler lundi matin, me doutant des futures railleries qui m'attendraient. Ce qui n'a évidemment pas raté. Etonnamment, malgré les nombreuses remarques assez peu subtiles de mes collègues, j'ai réussi à ne pas m'énerver une seule fois et même à les ignorer. Restée des plus silencieuse, mon comportement a fini par perturber ces mauvaises langues et à les faire taire. Je me suis félicitée et me suis demandé si l'abstinence de mecs et de drague, ne m'avaient pas rendue plus sage.
Persuadée d'atteindre un nouveau stade de conscience, je me suis immédiatement sentie beaucoup mieux. Peut-être qu'une "pause" sentimentale sans chercher à se caser systématiquement, avait du bon après tout. Mes réflexions m'ont poussée à croire que, finalement, j'étais bien la seule à avoir compris cette théorie et je jetais un regard dédaigneux à la pauvre masse qui s'acharnait encore en se préoccupant des comportements du sexe opposé.
Me voyant tel un Bouddha des temps modernes, je songeais à créer un club où je répandrais la bonne parole et amènerais les célibataires à le rester, leur ouvrant les yeux sur la philosophie que je venais de fonder. Je passais deux semaines donc à changer mon look, me transformant en sorte d'hippie bobo-chic, ce qui finit par alarmer mes copines. Je les reçus dans mon chez-moi, lui aussi métamorphosé en antre mystique : encens, bougeoirs pour obtenir un éclairage léger, musique new age. Bouches bées, elles pénétrèrent dans mon salon, sûrement en ce demandant s'il ne fallait pas m'enfermer tout de suite.
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"Toi, t'es en manque de mecs, de sexe, de tout !"
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"Je crois qu'une bonne séance de shopping s'impose, là ça ne va plus du tout."
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"Du ménage aussi, non ?"
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La dernière ne dit rien. Elle se leva, et ouvrit en grands les rideaux, éteignit l'encens et bougies, et mit le tout dans un sac poubelle. Quinze minutes plus tard, elles avaient entièrement vidé mon domicile de toute trace de mon inspiration, n'écoutant pas mes protestations. Elles s'attaquèrent ensuite à ma tenue et en moins de temps qu'il n'en faut, je me retrouvais dans un style plus habituel. Vint ensuite la séance de discussion post-déprime, qui tourna court, car, même si je les adorais, je n'avais pas envie de m'étaler sur le sujet. A nouveau seule, je conservais néanmoins ma résolution de ne pas recourir au site de rencontre. Pour combler l'absence d'un mâle, je me réfugiais dans mon premier amour, le plus fidèle et véritable que j'avais connu : le shopping.
Je passais de boutique en boutique, me rengorgeant d'être accueillie dans certaines comme une VIP (à force de dépenser mon salaire et des poussières très régulièrement, difficile de ne pas m'adorer). Il faut dire que j'étais plutôt facile comme cliente, facilement fashion-influencable et ouverte à la nouveauté.
Je flânais dans la rue la plus commerçante quand un homme m'aborda. Ou plutôt un gamin m'aborda. Il devait avoir 20 ans à tout casser. Il me tendit un prospectus, en ajoutant "Une belle femme comme vous devrait venir, la soirée en sera illuminée." Phrase à deux balles, pré-construite et qu'il devait resservir à toute femelle, mais qui fit quand même son effet.
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"Soirée exclusivement réservée aux femmes. Chippendales dans tous leurs états prêts à vous faire voyager dans vos fantasmes les plus fous."
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Mouais. Peu convaincue, j'allais jeter "l'invitation". Finalement, je retins mon geste. "Après tout, pourquoi pas ?". C'est vrai. Voir des mecs physiquement à croquer, se déshabiller pendant des heures, ça pouvait être amusant. Et un régal pour les yeux. Au moins, là , pas de surprise, pas de grosse bedaine, de poils en mode ours, ... Non. Je voulais, j'avais besoin de mâles, j'allais être servie ! Attention les mecs, me voilà !
Jessica  Giovagnoli
L'écriture, Jessica y est tombée dès son plus jeune âge. Commençant par inventer des tas d'histoires qu'elle enregistrait sur son magnétophone, elle s'est ensuite mise à les rédiger accumulant nombre de nouvelles. Adolescente, elle s'essaye à la musique et compose une centaine de textes. Parallèlement, elle démarche les magazines et devient pigiste à 16 ans pour un magazine musical. Quelques années plus tard, elle co-fonde un e-zine et y fait ses débuts en tant que rédactrice. Mais c'est à 22 ans que les choses évoluent puisqu'elle franchit un grand pas en se lançant dans l'écriture de son premier roman intitulé "About a Girl" dont elle choisit de publier chaque semaine une page sur son blog. Aujourd'hui, elle recherche un éditeur qui lui permettrait de voir son projet se concrétiser.
http://www.about-a-girl.com
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